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Nouakchott… La capitale encerclée par une « ceinture de déchets » au lieu d’une ceinture verte

Dans toutes les capitales du monde, les urbanistes tentent de construire des « ceintures vertes » autour des villes pour lutter contre la désertification et purifier l’air. À Nouakchott, nous avons réussi à inventer une équation inversée : au lieu d’une ceinture verte, nous avons une « ceinture de déchets » qui encercle la ville de tous côtés. Où que vous tourniez le regard en dehors des quartiers centraux, vous êtes accueilli par un tapis de sacs en plastique, de restes de meubles et de déchets de construction, sous un ciel jaune à cause de la poussière.

Les photos prises cette semaine dans une des périphéries de la capitale se passe de commentaire. Une terre aride, un amas de déchets ménagers au premier plan, et une dispersion infinie jusqu’aux immeubles résidentiels à l’horizon. Ce n’est pas une décharge autorisée. C’est la « décharge quotidienne » d’habitants qui ne trouvent aucune alternative.

Autopsie de la crise : le trio de l’échec

Le problème ne vient pas d’un seul sac poubelle. Il résulte de trois maillons manquants qui agissent ensemble :

  1. Absence de la société de nettoyage : l’État hors service
    L’entreprise chargée du nettoyage est totalement absente des quartiers périphériques. Pas de conteneurs, pas de passage quotidien des camions, pas de points de collecte. Quand le service public disparaît, la rue et les terrains vagues se transforment en décharge obligatoire. Les habitants ne jettent pas dans le désert par luxe, mais parce que personne ne vient ramasser leurs déchets.
  2. Comportement humain : la culture du « je jette et je pars »
    L’absence officielle a créé une culture communautaire dangereuse. Le dépôt sauvage est devenu normal et accepté. Celui qui jette son sac en voit des centaines avant lui et se dit : « Quelle différence ? ». Même les commerçants et les ateliers sortent leurs déchets sur le terrain vague le plus proche. L’absence de répression et l’absence d’alternative produisent une catastrophe comportementale.
  3. La nature désertique : un multiplicateur de la catastrophe
    Nouakchott est une ville déjà confrontée à la désertification et à l’avancée des sables. La ceinture verte devait être la ligne de défense. Au lieu de cela, les déchets plastiques tuent les rares arbustes, étouffent le sol et empêchent toute tentative de reboisement. Nous n’arrêtons pas la désertification, nous la nourrissons au nylon.

Résultat : Une triple perte – environnementale, sanitaire et d’investissement. Sur le plan environnemental, nous détruisons la ville. Sur le plan sanitaire, nous propageons des maladies avec la poussière polluée. Sur le plan de l’investissement, nous envoyons le pire message à toute entreprise étrangère visitant la capitale : « Cette capitale ne peut pas ramasser ses ordures, comment gérerait-elle un projet de 40 milliards de dollars.

Parler d’hydrogène vert et de gaz ne vaut rien si les entrées de la capitale sont une décharge. La solution doit être immédiate et articulée sur 3 niveaux :

Niveau 1 : Intervention d’urgence sous 90 jours

Action Responsable Objectif
Déclarer l’état d’urgence propreté Wilaya de Nouakchott + Mairies Allouer un budget exceptionnel et mobiliser tous les engins
Opération « 1000 conteneurs » Ministère de l’Équipement en partenariat avec le privé Déployer de grands conteneurs métalliques tous les 200 m dans les quartiers périphériques
Contrats rapides avec des entreprises privées Conseil Régional Employer 5 entreprises locales avec des contrats courts de 6 mois pour une collecte quotidienne
Appliquer des amendes immédiates Police de l’environnement + Maires 5000 ouguiyas nouvelles d’amende pour dépôt sauvage, avec preuve photo

Niveau 2 : Solution structurelle sous un an

  1. Mettre fin au monopole de l’échec : Résilier le contrat avec l’actuelle société de nettoyage ARMA défaillante et ouvrir le marché à une vraie concurrence. Diviser Nouakchott en 9 zones, chaque zone avec un contrat de performance pour une entreprise différente. Qui ne collecte pas, ne sera pas payé.
  2. Créer un centre d’enfouissement technique moderne : La décharge actuelle est à ciel ouvert et balayée par les vents. Il nous faut un site aux normes internationales hors de la ville, avec une unité de tri du plastique et du carton pour le recyclage.
  3. Impliquer économiquement les habitants : Lancer un projet « de l’argent contre les déchets ». Chaque kilo de plastique collecté par les citoyens est racheté 5 MRU. Transformons les ordures d’un problème en une source de revenus pour les jeunes et les familles pauvres.
  4. Interdire les sacs plastiques légers : Appliquer la loi interdisant les « sachets » noirs des épiceries. Ils représentent 80% de la pollution visuelle car ils sont légers et s’envolent à la moindre brise.

Niveau 3 : Changer la culture sur 5 ans

  1. Matière « Éducation environnementale » dans les écoles : Un cours pratique hebdomadaire : chaque élève plante un arbre et nettoie son quartier. La nouvelle génération ne doit pas hériter de l’habitude « je jette et je pars ».
  2. Remplacer la ceinture noire par la ceinture verte : Lancer un projet national pour planter 100 000 arbres par an autour de Nouakchott, d’essences résistantes à la sécheresse comme le « talh » et le « sidr ». Toute entreprise étrangère signant un contrat gazier ou minier serait tenue de planter et d’entretenir 10 000 arbres au titre de la responsabilité sociétale.
  3. Lier la propreté à l’investissement : Créer une autorité « Nouakchott Propre » rattachée directement à la Présidence. On ne peut pas parler d’attirer 50 entreprises françaises quand la capitale du pays est une décharge. La propreté de la capitale = un indicateur souverain d’attractivité.

La propreté est une décision politique avant d’être un comportement civique

Nouakchott n’a pas besoin d’un miracle. Elle a besoin de 3 choses : une décision courageuse de résilier le contrat des défaillants et une loi appliquée à tous.

Avant de construire une « plateforme d’accès au marché mondial », nous devons retirer la « ceinture de déchets » du cou du marché local.

Mauritanie Jeunesses

Souleimane Dia

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